LA RENCONTRE

 

La rencontre

 

  

Dessin et peinture de Kévin Gelsi

 

Ainsi la flûte et le piano se marièrent…

Ils partirent en voyage de noces

Dans des contrées inexplorées…

La Muse, elle, satisfaite,

Retourna au cœur de l’immense forêt du début des temps…

Elle avait rempli son rôle…
Elle rejoint ses « consoeurs » pour aller vers de nouvelles missions : des cœurs à prendre.
Des cerveaux à ouvrir…

Des capacités de création à faire jaillir…
Toujours… encore et encore…

Et le Pianiste dans tout cela ?

Ah ! Le pianiste, c’est autre chose…
D’abord, il hésita entre suivre la Muse,

Et suivre le Piano…

Il hésita un moment.
Puis il se précipita pour tenter de rattraper le Piano.
Il n’y parvint pas.
Tout essoufflé, il se tourna vers la Muse

Qui s’était enfoncée dans l’immense forêt du début des temps.
Il courut et courut encore,

Et il parvint à la rattraper…

Intimidé, il resta à distance toutefois…

Après tout, il ne s’était pas encore parlé.
Ils s’étaient souris, c’est tout.
Alors, il sa suivit, en se faisant le plus discret possible…
La Muse, Elle, ne s’arrêtait pas de sourire.
Elle ne ses retournait pas…
Elle savait que le Pianiste était juste derrière elle…
Elle marchait de sa démarche gracieuse tout en continuant à sourire avec tendresse…

Le Pianiste-compositeur la suivait…
Ils s’enfoncèrent loin dans la forêt du début des temps…

 

 

Dessin réalisé par Kévin Gelsi
( d'après une esquisse de Patrice Gelsi - 2006)

 

Ils marchèrent longtemps… toujours à distance…
La Muse souriait toujours…
Elle était fière… fière que le Pianiste la suive.
Combien de temps marchèrent-ils ?

Je ne sais pas.
Assez de temps en tout cas pour que le Pianiste tombe amoureux de la Muse…
Celle-ci s’en rendit compte tout de suite

Et sourit de plus belle.
Le paysage autour d’eux était absolument féerique !

Tout était merveilleux, grandiose !

Tous les alentours présentaient les couleurs et les parfums

De l’Absolue Beauté !

De l’Absolue Sérénité…
Et puis, enfin, et soudain à la fois,

Comme cela est bizarre, la Muse se retourna brusquement

Et dit au Pianiste-compositeur qui se croyait pourtant bien caché :

« Mais qu’avez-vous donc à me suivre à la fin ?

Avez-vous quelque chose à me dire ? »

Le Pianiste rougit et ne trouva rien à répondre.

Son cœur battait très fort.
Vraiment très fort.

 La Muse continua de plus belle :

«  Mais enfin, qui est l’auteur de ces lignes ?

Est-ce vous ?

Non, mais répondez-moi, est-ce vous ? »

Le Pianiste se résolut à répondre timidement :

«  Oui, c’est moi »

«  Ah, mais cela change tout. Je vous ai enfin trouvé… Ou plutôt retrouvé… 

Mais qu’attendez-vous donc ?

Pourquoi ne vous ai-je pas rencontré plus tôt ? »

«  Je ne sais pas, répondit le compositeur… »

« C’était peut-être trop tôt… Depuis quand attendiez-vous ? »

« Oh ! Depuis très longtemps, répondit le compositeur ! Et je désespérais de vous rencontrer »

«  Et bien voilà qui est chose faite.
Maintenant, que faisons-nous ?

Ne dois-je pas vous inspirer ? »

« Oui, c’est tout à fait cela. »

«  Alors, qu’attendez-vous pour l’être, inspiré, Monsieur ? »

Le Compositeur ne répondit rien.
Il ne pouvait répondre…
Cela faisait tellement longtemps qu’il attendait.
Et la Muse l’intimidait tellement !!

«  Vous ne savez que répondre ?

Dois-je prendre cela pour un manque d’inspiration ? »

«  Non, pas du tout, répondit le compositeur « 

Il était désolé… Mais alors, désolé…
Mais les mots de lui venaient pas.
Il avait fait tout ce chemin, il avait suivi si longtemps, 

Et les mots ne lui venaient pas !

IL était furieux, mais il ne voulait pas le faire paraître,

De peur que la Muse ne s’en aperçoive… »

La Muse, remarquant son émoi, se mit à sourire de nouveau, et lui dit pour détendre l’atmosphère :

«  Allez, je ne vous en veux pas, vous devez être si fatigué après le long périple que vous venez d’entreprendre.

Vous venez de la Terre n’est-ce pas ? »

«  Oui, répondit-il »

« Mon dieu, que c’est loin ! Tout ce chemin pour me rencontrer.
Etes-vous tellement en manque d’inspiration ? »

« Pas du tout, répondit l’auteur-compositeur, c’est seulement que … »

«  C’est seulement que quoi ? »

«  Je suis fatigué… tellement fatigué ! Je ne sais plus trop si je crois toujours en cette histoire, à cette « chose » que je veux entreprendre sur Terre…

Cela me tient tellement à cœur.
Et pourtant, c’est si difficile…
Les gens ne comprennent pas trop ce genre de musique, ce genre de dialogues sur Terre. »

«  Vous devez être bien malheureux. »

«  Oh, oui ! Et je ne croyais même plus à notre existence »

«  Et maintenant ? »

«  Maintenant, je vous vois… et c’est quelque chose de merveilleux.
Je n’ose pas y croire »

«  Et pourtant, c’est la réalité.
J’existe vraiment dans ce monde, n’en doutez pas ».
 » Je n’en doute pas ! »

«  A la bonne heure !

Et maintenant, vous voudriez que je vous présente mes consoeurs… »

«  Vous… vous feriez cela pour moi ? »

«  Mais bien sûr ! Vous avez tant cherché l’inspiration. Vous avez tant souffert de tant de non-compréhension.
Le moment est venu pour vous d’être apaisé, de trouver l’Inspiration Sublime et Suprême !

Venez avec moi. »

Le compositeur n’en croyait pas ses yeux et ses oreilles. Ainsi, la Muse lui avait parlé.
Elle existait donc vraiment.

Tout ce voyage n’avait pas été effectué en vain.
Il se sentait si bien tout à coup.
Il se demanda s’il ne rêvait pas.

« Allez, hâtez-vous, il faut que je vous présente aux Autres. »  

 

Patrice Gelsi

Tous droits réservés SACEM 2006

Dernière mise à jour de cette page le 21/05/2006

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